Day One

3 repas dans l’avion, 3 blocages à la douane, 5 passages de checkpoints et un joli scanner corporel.
5 films d’Adam Sandler, 1 ticket pour Mission et un unlimited plan.
10 annonces cragislist, 1 premier connard, un petit budget.
500m² de locaux incroyables, 2 iced-teas maison, et une pizza chicken parmigiana épinards.

Nous venons d’arriver à San Francisco.

Un sourire

Garlone, en temps de crise je reviens au problème initial.
J’ai toujours été la montagne, la béquille hivernale.
Une réponse contient un absolu, un mensonge qui rassure,
Donc je distille à qui veut l’entendre des histoires bleu azur.

Garlone, par méprise je me suis enfermé dans une vie diététique.
Je manque d’empathie, j’apréhende la vie comme un problème mathématique.
Pour trouver la vérité, je dois clarifier les prémisces,
Je range dans des cases le méritant, le dérisoire, la bonté et le vice.

Garlone en temps de brise partons ensemble à l’aventure.
A mettre la vie en équation j’ai fait quelques ratures.
Tes mots ont gommé ce qui chez moi allait de travers.
Je n’ai plus rien d’amer au coté de cette fille particulière.

Garlone nous ne sommes pas la reprise d’une histoire antérieure.
Nous sommes la promesse de quelque chose de beau et de meilleur.
A portée de main réside une boule de bonheur, je te la dois,
Voila pourquoi je souris lorsque mes yeux se posent sur toi.

En façade

Le monde n’est qu’un amas de règles, tout du moins c’est ce que raconte M. Albert pendant ses déjeuner d’affaires. Certaines sont dictées par notre société, d’autres par notre nature humaine. Comment se tenir, comment convaincre, comment aimer, il sait que tout a déjà été essayé, tout est devenu réglementé par deux mille années d’histoire et d’histoires. Comme un personnage kafkaïen, il a compris qu’il ne servait à rien de discuter ces règles, que pour arriver à ses fins il était plus important de naviguer habilement entre ces grands principes implicites mais pressentis de tous. Il ne l’a pas su tout de suite bien sûr, il a lu Machiavel et Sun-Tzu, mais ce sont les grandes claques bruyantes et douloureuses de la vie qu’ils l’ont finalement convaincu.

A force de le marteler, ce visage est devenu un masque de plomb, sévère et froid. En façade il est présentable, ce qu’il faut de défauts pour ne pas sembler inhumain, ce qu’il faut de prétention pour l’être tout à fait. M. Albert se nourrit de ces règles, il en abuse, il les fait danser au gré de ses besoins, de ses envies. Le libre arbitre est une blague, il est devenu une réaction, le second rôle stéréotypée d’une mauvaise fiction. M. Albert est devenu ce masque, un pantin empaillé, le sang s’est arrêté de tourner et tout est égal. Ses pensées ne font qu’un tour, en boucle, encore et à nouveau. Dans un monde sans folie les jours se ressemblent, les gens aussi. Il n’y a rien de pire que d’être d’accord avec soi-même. Alors derrière ce masque de papier il se questionne, pour la première fois depuis bien longtemps.

déséquilibre

Une histoire est une vision parcellaire, un instantané. Tout comme la carte n’est pas le territoire, l’histoire ne touche qu’une partie du sens, un regard forcément biaisé puisqu’il n’est pas omniscient. Même lorsque l’essence d’un moment est capturé, elle est dénaturée. C’est un gros mensonge que de voir dans ces histoires la promesse d’un instant futur, elles ne sont que des témoignages, de souvenirs parfois, de rêves bien souvent.

Le réel ne rattrapera jamais l’icône dans la course pour le beau, car les lignes fixes d’une image, d’une icône ont un attrait divin, quelque chose d’inamovible. On regarde ces lignes, ces images et l’on tombe en pâmoison devant la promesse d’une émotion éternelle, à jamais réalisée. On cherche à se souvenir de ces histoires, mais elles ne sont que les pales copies d’une vie, les enfants pauvres, une icône qu’on met en exergue pour espérer.

Le tour de force n’est pas de se plier à l’inaccessible objectif d’une histoire pré-écrite, mais de savoir danser sur les lignes mouvantes d’une vie qui réagit à la moindre de nos actions. L’icône veut devenir humaine, imparfaite. Elle cherche désespérément à faire vivre ses contours, à obtenir une chance de faire ses preuves. Pendant que des milliers d’yeux se tournent et se retournent dans l’espoir de gommer leurs failles, l’icône creuse ses pores, elle trébuche de force pour imiter l’homme.

Alberation

M. Albert remplit sa tête comme il remplit son estomac, entre deux obligations. Un casque sur les oreilles quand il se déplace, un casque sur les oreilles quand il travaille. Il ne lit pas, il parcourt des résumés pré-mâchés et ces quelques gros titres feront office d’actualité. Ce texte n’a pas d’autre but que de le distraire, de faire passer ce temps qu’il a pourtant tant de mal à trouver. Il mange trop salé, trop sucré et ses cinq sens vomissent ce trop plein de matière et leurs saveurs exagérées. Fier de son hyper-activité il est parvenu à remplacer l’Orange Mécanique sur sa chaise de cinéma. Un lobotomisé volontaire, un imbécile heureux.

M. Albert a 30 ans et déjà tout son dictionnaire a déraillé, il confond jouissance et plaisir, sommeil et repos. Peu à peu son vocabulaire a passé l’arme à droite, il croit prendre des nouvelles de ses amis, il croit être au courant, il croit partager des idées. Il sent pourtant un vide, une nostalgie sinistre, une pitié dangereuse, mais quelle autre réponse qu’un surplus dans cette vie d’hyperboles sans frustration et sans patience. Il met ça sur le compte des écrans, il sait bien qu’il n’est pas nécessaire d’avoir vécu pour manquer, lui qui regarde le temps qu’il fait dehors sur son écran de téléphone, lui qui passe ses concerts les yeux rivés sur l’écran géant. Alors ce doit être un fantôme de vie, le halo sans forme de l’autre personne qu’il aurait pu être, plus heureux peut-être.

M. Albert a oublié qu’un jour il a passé ses mains dans la chevelure d’une femme et qu’il fut sublimé. Il ne se souvient plus de la texture de cette main étrangère. Il a effacé les quelques instants précieux qui le définissaient, qui faisaient de lui une personne à part entière. Il s’est vissé dans le crane une nouvelle vérité et elle est devenue tant bien que mal, universelle. La vie aplanit les élans avec le temps, pour qu’il n’en reste qu’un poinçon sur le cœur, une marque de passage. M. Albert est resté chez lui avec ses écrans, il a tout allumé, il a tout regardé, mais il n’a rien percé. Il n’a rien trouvé, rien cerné, il est resté là, assis à consommer sans suffoquer. M. Albert s’est éteint la nuit dernière pendant une coupure de courant.

lecture seule

L’impression de me complaire dans une consommation idiote me fait froid dans le dos. Je suis témoin de ma propre décrépitude, sans saveur, sans forme, sans essence.
A force d’absorber en hâte des images acidulées, d’exploser mes tympans par des bruits sourds, mes yeux sont devenus vitreux, un voile sur le coeur, affalé sur mon siège.
Quelque chose de malsain se trame, je me sens m’enfoncer, devenir spectateur d’une vie sans asperités. J’en trépigne, je remue les jambes en pensant avancer, je bouge les lèvres espérant parler.

Donc je me débat en surface, j’accumule, je multiplie, et je déçois. Je suis devenu une ombre, l’excuse de moi-même, un alibi. Épuisé par une équation à trop d’inconnues, je me suis laissé éloigner des grands sujets, des belles choses. Impacter, troubler, acter, j’ai oublié la valeur de ces mots importants, préférant me déguiser en clown aux bords ronds. Quelle triste transition, quel réveil pesant dans un monde en noir et blanc. La mélancolie ne change pas, elle se complait et se meurt. Elle n’offre pas de rédemption, pas de solution, elle abruti jusqu’à ce qu’il ne reste que le souvenir d’une volonté. C’est donc à moi de chercher le tournant, quelque part dans ce dédale de pensées monotones, saisir la graine d’impulsion et la conserver au plus près.
Je suis prévenu.

Hommage à la simplicité

Chemin faisant, les trompettes triomphantes des charlatans,
Les réponses sans équivoques des gens sans ecchymoses.
A l’aube j’efface les souvenirs moroses
D’une préface en prose où je me prélasse.

J’exècre, j’expulse mes exactitudes passées,
Alors à titre d’exemple, je les passe par-dessus bord.
Ici l’acte un prend place, la renaissance d’un homme éteint,
Animé par l’essence d’une femme, ses yeux, son art et sa chute de reins.

Puis, bord à bord, j’accole des blocs d’instants,
Des vérités sans véhémences, mes tripes et puis c’est tout.

Ceci est un hommage à la simplicité,
Quand j’espère découvrir toute forme d’absolu.
Saisir l’évidence des souvenirs décousus,
Et accepter l’idée de ne plus se retourner.

Transparent devant ton regard omniscient,
Je me sens éclore, devant la mort de mon monde incolore.
Et cent fois mes cinq sens se joignent à l’effort,
En transe, en présence de ta magnificence.

Gommer lentement des traces de sinistres,
Et se laisser porter par le moment ou tout devient blanc.
Tu sais on verra du gris, on aura les mains sales.
On jettera les débris des émotions trop pales.

Mais tu vois la moiteur de nos mains mêlées,
La couleur vérité de mes yeux révulsés,
Elles trahissent la coquille que j’avais fabriqué,
Que comme un jeu de quille tu as fait valser.

envie d’y croire

Il suffit de pas grand-chose pour revenir d’un état de mort cérébrale, pour se souvenir de qui on est, de ce qu’on aime et ce qu’on prétend vouloir devenir. Je m’étais trompé sur le sens d’un moment hors du temps. J’ai cru que cette rencontre était hors du temps, comme hors de la réalité, impossible, surréaliste, l’exception. C’est pourtant auparavant que j’étais hors du temps, endormi, dans un état de semi-conscience, j’avançais les bras ballant. Un instinct de survie.

Je ne suis pas hors du temps. Je viens de rentrer à plein temps dans le présent, dans le moment, dans l’instant. Chaque seconde compte, reprend du sens, cette seconde devient inévitable et irréprochable. C’est quand je rature mon agenda que je me sens vivre, quand je m’impatiente, quand je sens mon rythme cardiaque basculer, me bousculer. Quand je me rends compte que je ne sais pas grand-chose en somme si ce n’est que tout ceci est d’importance.

Alors j’ai à nouveau envie d’y croire, prêt à traverser ce gouffre au-dessus d’un fil d’équilibriste, parce que de l’autre côté est une chose trop belle pour ne pas tenter ma chance, et tenter cette vie.

pas un mot

Nous sommes des êtres communiquants, quelques mots et je pleure, quelques mots et tu souris. On utilise des formules alambiquées dans l’espoir de se faire comprendre, de se faire entendre. On aime à se cacher derrière des mots, derrière des idées. On joue à l’apprenti-sophiste ; on se crée un monde remplit de nos vérités. Parfois on laisse tomber les filtres et les boucliers, on se laisse aller à une vague d’honnêteté. Quelques baffes et on recommence à jouer. Parfois on se regarde les pieds et on oublie qu’on sait marcher. Alors tout devient flou et on se retrouve au milieu de la tour de Babel, aphone.

On ne sait pas y faire, on ne sait pas parler, on communique tant bien que mal. Et puis un jour on apprend à se taire, un jour on apprend à attendre, un jour on fait une rencontre, on est touché.

Les mots deviennent un prétexte, un bruit sourd pour ne pas s’effrayer. Car il n’y a rien de plus terrifiant que de se sentir transparent, de voir un autre être lire en vous, déceler les failles et les déséquilibres, apprécier les forces et les aspérités. On lâche les armes pour cet instant hors du temps où l’on se comprend. On s’observe de loin déplier sa vie, on s’étonne d’avoir trouvé le courage de le faire. On remercie quelqu’un de nous avoir écouté.

Puis on revient au temps, on analyse, on a déjà tout bousillé.